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Traduit de l'italien - Tradotto dall'italiano
L'intervista in lingua originale si trova qui : 
https://www.aculei.it/intervista-a-nadine-leon-autrice-di-parole-intessute-di-vento-mots-tisses-par-le-vent/

Interview de Nadine Léon
auteure du recueil bilingue
Mots tissés par le vent

par Aculei Edizioni

Mario Saccomanno et Rosita Mazzei

Présentation du recueil

Ogni nostro atomo
proviene dalle stelle
materia cosmica, carne di luce
siamo lo specchio dell'universo
.

Chacun de nos atomes
provient des étoiles
matière cosmique, chair de lumière
nous sommes le miroir de l'univers
 
*
 
Recueil bilingue . Raccolta bilingue 
Tanka - Haiku - Vers libres.Versi liberi

On peut se le procurer ici :  Aculei Edizioni

www.aculei.it/prodotto/nadine-leon-parole-intessute-di-vento-mots-tisses-par-le-vent/


 

Parole intessute di vento / Mots tissés par le vent de Nadine Léon est un recueil de poésie bilingue qui se déploie par fragments, apparitions et résonances. Les textes courts et intenses ne construisent pas un récit linéaire, mais un paysage mouvant, traversé par des forces élémentaires : le vent, les arbres, les étoiles, l'eau, le silence. La parole poétique apparaît comme un geste fragile et nécessaire, constamment exposé à la dispersion.

Dans ce recueil, la nature n'est jamais un simple décor lyrique. Arbres, roses, racines, écorce et saisons sont des présences attentives, gardiennes d'une mémoire qui précède et transcende l'humanité. Parallèlement, la dimension cosmique imprègne constamment les vers : galaxies, poussière d'étoiles et matière primordiale portent l'expérience individuelle à une échelle plus vaste, où le corps humain est le pivot, non le centre.

Dans cette même ouverture au vivant et à l'univers, le recueil n'élude pas la douleur historique. Les guerres en Ukraine, en Palestine et au Soudan surgissent dans les textes sans rhétorique, telles des blessures qui brisent le chant. La poésie ne prétend pas expliquer l'horreur, mais s'attache à ne pas la dissiper, la laissant résonner dans la langue.

Le bilinguisme italo-français n'est pas une simple duplication, mais un véritable procédé poétique. Les deux langues coexistent comme autant de courants d'un même vent, modifiant le rythme, le poids et la résonance des images. Le lecteur est invité à une expérience de traversée, plutôt qu'à un déchiffrement.

« Mots tissés par le vent » se présente ainsi comme une méditation poétique sur la précarité, sur la responsabilité du verbe, sur la possibilité de rester en contact avec le monde sans le domestiquer. Une poésie qui ne console pas, mais qui écoute.

Le vent imprègne tout le recueil comme une force qui transporte et disperse les mots. Quand avez-vous commencé à le percevoir non seulement comme une image, mais comme un principe structurant de votre écriture ?

Pour moi, le vent est avant tout le souffle du ciel sur terre ; il est énergie. C’est une métaphore de l’Esprit, du latin spiritus, qui signifie respiration. Dans mon recueil, il est souvent associé aux émotions ; tantôt il peut symboliquement transmettre des messages, tantôt il peut les disperser, les rendant vains. De plus, le vent nous rappelle qu’à partir du moment où l’on s’exprime, ce que l’on a exprimé ne nous appartient plus seulement, mais est emporté et devient une partie de l’auditeur ou du lecteur, selon sa propre sensibilité.

Le vent appartient à l’Air, un élément invisible lié à la communication et à l’inspiration poétique. Je trouve fascinant son lien avec le souffle de vie à l’origine des sons, et donc des mots. De nombreux mythes, philosophies et spiritualités relient la création de l’univers à un son ou à un mot : « Au commencement était le Verbe.» Les astrophysiciens eux-mêmes affirment que lors du Big Bang, les premières vibrations ont produit une sorte de murmure.

Mon recueil contient plusieurs tankas, poèmes de cinq vers d'origine japonaise. Tanka signifie « chant court ». Traditionnellement récité à voix haute, ce poème est proche de la philosophie shintoïste, qui attribue un pouvoir créateur aux sons, considérés comme sacrés, créant un lien entre l'énergie universelle et l'énergie individuelle.

De même que le souffle du vent crée des liens entre les différents lieux qu'il traverse, le langage tisse des liens culturels, sociaux ou intimes entre les personnes.

Le silence est une présence constante : tantôt comme un vide, tantôt comme un espace saturé de sens. Quel rôle joue le silence dans votre rapport au mot poétique ?

Le silence est un espace d'écoute qui permet la connexion avec autrui. C'est aussi le silence intérieur de la méditation, lorsque l'esprit ralentit et que les pensées s'estompent, favorisant le contact avec le moi profond.

Il favorise également l'ouverture à l'intuition et à l'inspiration. C'est souvent à travers le silence que les mots émergent, donnant voix à ce qui deviendra écriture.

Cependant, le silence a des aspects ambivalents. Cela peut être un signe d'incommunicabilité ou bien d'une communion si profonde que l'usage des mots devient superflu.

À mon sens, le silence et les mots ne sont pas antagonistes, mais plutôt de proches alliés au sein du langage. En poésie, le silence est un intervalle entre les phrases où peut naître une résonance, un silence vibrant, habité par les sentiments du lecteur.

Dans le haïku, le silence entre les deux expressions distinctes qui le composent laisse place au non-dit : ce qui n'est pas explicitement exprimé mais demeure dans l'évocation. En seulement trois vers, il a le pouvoir de transporter le lecteur dans un lieu au-delà des mots, ouvrant une porte vers l'inexprimé, parfois l'inexprimable. Le haïku, mais aussi le vers libre, pourraient nous apprendre à nous immerger dans le silence primordial, le silence qui était déjà là avant même que la moindre pensée n'effleure notre esprit.

Dans vos textes, la nature n'apparaît jamais comme un refuge idyllique. Arbres, racines et écorce semblent simultanément préserver la naissance et la dissolution. Quel type de relation cherchez-vous à établir avec le monde naturel à travers la poésie ?

Je perçois toujours la nature en relation avec le cycle continu des saisons. Dans un monde où tout est transitoire, ma poésie est une invitation à faire une pause et à saisir l'instant fugace, sans pour autant le détacher du flux temporel dans lequel il s'inscrit. C'est une invitation à être plus réceptif, à se mettre à l'écoute de la nature et du moment présent, sans oublier nos racines liées à l'histoire de l'humanité, à l’origine et à l'évolution de la vie. En effet, tout le processus évolutif de la vie est inscrit dans le code génétique de notre corps. Souvenons-nous donc que le passé que nous héritons nourrit notre présent et que nous construisons l'avenir dès maintenant.

De plus, le temps, l'espace et le mouvement sont indissociables. Ce que nous percevons comme l'écoulement inexorable du temps est régi par la trajectoire de la planète autour du soleil. Dans la nature, rien n'est figé ; Même ce que nous croyons immobile, comme les pierres, est en mouvement, bien que nos capacités sensorielles limitées nous empêchent de le percevoir. Nos yeux ne captent que le reflet de la lumière à la surface des choses ; nous ne pouvons observer à l'œil nu la danse des atomes qui imprègne toute matière. Il en va de même pour les arbres. Ils paraissent inanimés, et pourtant ils grandissent, se dénudent et se renouvellent sans cesse sans que nous nous en rendions compte, du fait de leur extrême lenteur. Peut-être la poésie peut-elle nous aider à voir au-delà du voile des illusions qui obscurcit notre perception de la réalité et à explorer l'invisible par l'intuition et l'imagination.

De nombreux vers établissent un lien direct entre le corps humain, le cosmos, les étoiles et la matière primordiale. Comment cette dimension cosmique influence-t-elle votre réflexion sur l'identité et les limites du moi ?

La prise de conscience de ma dimension cosmique a sérieusement redimensionné mon ego ! C'est merveilleux et impressionnant de savoir que la Vie nous a embarqués sur le « Vaisseau Terre », nous emportant à une vitesse vertigineuse dans sa course elliptique autour d'une petite étoile appelée Soleil, perdus dans un océan cosmique si vaste que sa dimension est inconcevable pour l'esprit humain. Tout cela ne peut que nous faire sentir terriblement minuscules et vulnérables.

Nous sommes à la croisée du microcosme et du macrocosme. Les étoiles sont en nous. Selon les scientifiques, 97 % de nos milliards d'atomes proviennent du cosmos. La matière qui nous compose est constituée d'atomes forgés par divers processus cosmiques qui ont marqué les 13,8 milliards d'années d'histoire de l'univers.

Tous les êtres et tous les éléments sont interdépendants. Nous provenons tous de la même matrice d'où la vie a pris naissance.

Mais pour se sentir partie intégrante du monde, pour se sentir connecté à la vie et à l'univers tout entier, il est nécessaire de se tourner vers l'intérieur, de se reconnecter à soi-même. Cela commence par son propre corps. Habiter son corps, à commencer par la respiration. C'est cette respiration qui nous relie au souffle vital et à l'immense souffle universel.

Le livre alterne des moments d'une extrême délicatesse avec des images de blessure, de perte et de lacération. À quel point est-il important pour vous que la poésie demeure dans cette zone instable entre beauté et douleur ?

Je crois que l'authenticité est un élément essentiel de l'écriture poétique ; sans elle, ce n'est qu'un exercice de style stérile, dénué d'âme. Il y a des moments magiques de beauté et de bonheur qui s’alternent avec des expériences douloureuses et des aspects plus ou moins tragiques. La vie n'épargne personne et je pense qu'il est important d'aborder les questions liées à la souffrance. Il existe des épreuves qui peuvent être accablantes, mais qui nous permettent aussi d'évoluer. Parfois, écrire sur ses blessures peut se révéler une véritable thérapie, capable de nous aider à traverser les traumatismes et les difficultés pour les transformer en sagesse.

Nous savons que tout est voué à l'impermanence. La mort et la vie sont intimement liées ; l'une ne peut exister sans l'autre. Cependant, pour reprendre une expression du chimiste Lavoisier, « tout se transforme, rien ne se perd ». Si nous observons attentivement la nature, nous pouvons constater que rien ne meurt : tout se fragmente et se dissout pour se transformer en d'autres formes, mais c'est la même énergie qui imprègne toute chose.

Les poèmes consacrés aux guerres contemporaines évitent tout ton déclaratif ou idéologique. Comment avez-vous réussi à intégrer l'horreur historique au langage poétique sans tomber dans la rhétorique ?
Enfants, peuples blessés, corps vulnérables apparaissent souvent dans vos textes. Quel rôle joue la compassion dans votre écriture, et comment évitez-vous qu'elle ne devienne une forme d'apaisement émotionnel ?

Les textes qui évoquent les guerres sont des tankas. Ces poèmes de cinq vers obéissent à une codification assez rigoureuse. Dans la Francophonie, l'une des qualités à respecter est le « makoto », qui signifie en japonais sincérité, vérité. Une autre caractéristique de ce genre littéraire est que les mots doivent venir du cœur et, si possible, rester évocateurs.

Dans ma vie sociale, je fais partie d'une association qui accueille des jeunes ou des familles entières de migrants venus des quatre coins du monde, chassés par la guerre, la pauvreté ou les régimes autoritaires. Il m'arrive de servir d'interprète entre le psychologue et les personnes francophones qui racontent le drame de leur vécu. Je suis également bénévole auprès de leurs enfants. Issus de cultures et de religions différentes, je les aide à apprendre l'italien, à vivre ensemble en s'acceptant dans leur diversité et à surmonter leurs tensions par la créativité. Cette activité me rend particulièrement sensible aux bouleversements qui secouent le monde actuel.

Le bilinguisme italien-français est omniprésent dans le recueil. Qu'est-ce qui change, pour vous, lorsqu'un poème passe d'une langue à l'autre ? Et qu'est-ce qui demeure irréductible à toute traduction ?

Je dirais que l'écriture elle-même est une traduction de ce que nous ressentons ou des concepts que nous formulons. Quelle que soit la langue utilisée pour nous exprimer, les pensées, les idées et les sentiments restent les mêmes.

En tant qu'auteur bilingue, j'utilise souvent la transposition lorsque je passe d'une langue à l'autre, sans pour autant en altérer le sens.

Concernant les vers libres, les mots déferlent littéralement et j'écris d'un seul jet. Mon écriture poétique a été influencée par les surréalistes. Dans le surréalisme, la pensée s'exprime telle qu'elle se présente, spontanément, sans le filtre de la raison, laissant une large place à l'inconscient. Les mots jaillissent du souffle de l'inspiration, laissant libre cours aux associations d'idées. Ce sont généralement des mots simples, faciles à traduire, chargés de symbolisme et d'archétypes.

Concernant le style oriental, les poèmes de « Dis-moi si la rose… » ont été composés à l'origine dans ma langue maternelle. Selon leur codification, les haïkus, les tankas et les quatrains respectent un nombre fixe de syllabes, une règle qui se perd dans la traduction italienne. L'esprit reste le même ; ce qui change, c'est le rythme, la musicalité.

Le recueil semble proposer une forme d'éthique implicite : l'attention portée au vivant, la responsabilité envers le monde et le rejet de la simplification. La poésie peut-elle encore être un espace éthique, selon vous ?

Je suis la fondatrice d'un mouvement poétique international, Ma Maison la Terre, qui rassemble des auteurs de tankas et de haïkus du monde entier. Son but est de sensibiliser au respect de notre planète. Par conséquent, oui, je crois que la poésie, aujourd'hui plus que jamais, a un rôle important à jouer à une époque où les fausses informations et le déni anti-scientifique sont monnaie courante. Le martellement alarmiste des médias à propos du réchauffement climatique a eu l'effet inverse, engendrant accoutumance ou éco-anxiété. C'est pourquoi, outre la dénonciation des effets néfastes d'une civilisation de surconsommation, notre mouvement vise à réenchanter le monde, en nous encourageant à renouer avec la nature et tous les êtres vivants, et à adopter une approche plus empathique à leur égard. C'est seulement ainsi, avec un émerveillement renouvelé pour le miracle de la vie, que nous pourrons dépasser une vision utilitariste et comprendre comment un matérialisme débridé menace la biodiversité et peut-être même notre survie.

Notre mouvement ne se contente pas de publier de la poésie. Grâce aux dons et aux droits d'auteur, nous plantons des arbres en Afrique et en Amérique du Sud par l'intermédiaire de l'entreprise toscane Treedom. En seulement six mois, notre « forêt » compte déjà 14 arbres, et d'autres sont en cours de plantation. Nous savons que c'est une réponse humble mais significative à la question que poseront les enfants de demain : « Mais vous, où étiez-vous quand tout s'écroulait ?»

Si vous deviez indiquer ce que vous considérez comme essentiel à la poésie aujourd'hui, après avoir écrit ce recueil, que diriez-vous que la poésie peut encore accomplir ?

Je ferais miennes les paroles de l'astrophysicien, écologiste et poète Aurélien Barrau, qui nous exhorte à « habiter le monde poétiquement ».





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