La voie de l`écriture de Nadine Léon, auteur   Bienvenue sur:
 
nadine-leon-auteur.wifeo.com
 
 

Le Tanka, l’esprit

Le tanka de tradition millénaire serait-il au shintoïsme ce que le haïku est au zen ? Je n’en ai pas la certitude mais cette idée me plaît. J’essaierai donc de comprendre la philosophie shintoïste dont le Japon s’imprègne et de me confronter également avec l’opinion de plus expert que moi.

Dans cet approfondissement je prendrai en considération ces arguments :
Shintoïsme
Symbole magique du 5 et du 7
– Comparaison du Shintô avec les antiques traditions de l’occident reliées à la nature
Spiritualité contemporaine liée aux antiques cultes
Nécessité aujourd’hui d’un retour à la nature

TANKA pro-memoria

Citation : «forme, fond et esprit»: la forme commande «rythme, concision et complétude»; le fond exige «simplicité, réalité et précision»; l’esprit réclame «sincérité, sensibilité et suggestivité».

Le shintoïsme

Le shintoïsme se base en particulier sur l'amour de la nature, considérée sacrée et les objets de la nature sont reconnus comme des esprits sacrés. Dans le Shintô, il y a une quantité infinie de divinités, les Kami, qui se manifestent à travers la nature sous forme d'arbres, d'animaux, de rivières, de montagnes et d'hommes; ainsi que les esprits ancestraux.

Kami est le mot japonais pour indiquer une divinité ou un esprit surnaturel bienveillant. Le mot japonais Kami peut également être traduit par âme.

Citation de l’expert

Au-delà de la forme, le sens poétique du tanka de Patrick Simon (Extraits)

Dans la tradition japonaise, l’art du tanka est proche de la philosophie Shintô qui accompagne l’avènement du Japon. « Il est la voie poétique du Japon »1 Nous y retrouvons le caractère divin de la nature dans toutes ses composantes, y compris celles de l’homme. Chacun y a sa place, dans un respect mutuel, en communion.

Quel est le nom du Kami qui, sensible à mes offrandes, pourrait me faire rencontrer mon amour, ne serait ce qu’en rêve ? Man .yôshû, Livre XI n° 2418.

Il en va ainsi de l’écriture du tanka traditionnel, très proche du kototama, « mot-âme » ou « esprit du mot », formé de sons purs qui selon l’un des livres principaux de la philosophie Shintô, le Kojiki, cristallisent les vibrations originelles que nous percevons ensuite comme couleur, son et forme, dans le monde. Le rythme donné par l’agencement des sons est aussi important que l’usage des sens, le toucher, le goût et l’odorat, prisés par les japonais. Nous sommes dans une écriture où le fond et la forme sont intimement reliés. Le tanka permet alors d’ « exprimer les sentiments les plus intenses avec une musicalité, une légèreté et une retenue qui confèrent à ces poèmes une beauté lumineuse. »2

1 « Sé-oto le chant du gué » de l’impératrice Michiko du Japon 2 Dans la 4e de couverture du livre déjà cité . 3 L’esprit « koto-dama », dans la première anthologie du Man .yôshû

 
Le Kokin wakashu
ou Kokinsu est un recueil de waka dont la création a été ordonnée par l’empereur Daigo en 905 pour marquer l'importance de la littérature japononaise.

Ce tanka est un extrait de Saisons

Symbole magique du 5 et du 7

Les origines philosophiques du tanka de Patrick Simon (Extraits)
 

« La construction du tanka en cinq et sept syllabes n’est pas anodine et procède d’une certaine philosophie universelle à partir des nombres qui expriment d’une manière analogique les choses de notre monde. Leur symbole suggère, évoque, sans la circonscrire, une réalité plus profonde et systémique. Dans les écoles initiatiques de la philosophie, le nombre a une place privilégiée.

Enfin, dans les nombres sacrés, le 5 représente l’eau, donc la fluidité, le mouvement, le dynamisme, la vie. Il marie le masculin et le féminin (3 et 2 ou 2 et 3, selon les cultures). Il ouvre alors sur des analogies intéressantes pour le poème.
Le 5 s’inscrit comme le symbole de la tradition philosophique éclairée, de l’harmonie, de l’équilibre ; il prend en compte la liberté, le mouvement et le changement.
Quant au nombre 7, il est le symbole d’esprit, de connaissance, de recherche, de vie intérieure. Dans le tanka, il s’agit alors de résonner avec le monde. Cette résonance intérieure est l’essence de l’éveil, à partir du monde extérieur auquel nous sommes attentifs, en interrogeant tous nos sens. De même que dans le 5e vers du tanka, se forme un pas de côté, comme pour nous obliger d’aller vers l’extérieur, vers l’autre.Quant au total de vers du tanka (5-7-5-7-7), il est égal au nombre 31 (3+1 = 4) et représente les quatre éléments : terre, eau, air, feu. 
»

 

« Le tanka, lui aussi, met le poète en harmonie avec ce qui l’entoure, la nature et ses différents mondes (végétal, minéral, animal). Nous y trouvons l’expression du poète en rapport avec son environnement. »

Tankas des Saisons du Recueil Kokinshu - Vidéo YouTube

7 Tanka issus du thème des Saisons de l'anthologie Kokin Shû
Revue du tanka francophone

En ce jour de printemps

qui baigne la douce lumière

du ciel éternel

pourquoi les fleurs tombent-elles
le coeur plein d'inquiétude ?

Ki no Tomonori

La personne qui

pour voir les fleurs de cerisier

vient à la maison,

une fois qu'elles seront tombées

sans doute me fera languir

 

Ôshikôchi no Mitsune

D'année en année

l'eau se fait miroir des fleurs :

ne faudrait-il point

l'appeler poudre de brume

tout finit par se dissiper ?

 

Ise

Le lit de ma solitude

n'est point de brins d'herbes

fait : pourtant,

la nuit où s'annonce l'automne,

il est de rosée tout humide !

 

Anonyme

A peine souffle-t-il,

Herbes et arbres d'automne

Tous se dessèchent :

Voilà donc pourquoi l'on nomme

"Tourmente" le vent des monts

 

Funya no Yasuhide

La neige tombe, et

personne ne passe

sur le chemin :

ne suis-je pas ce chemin sans traces,

moi qui m'enfonce en ma tristesse?

 

Ôshikôchi no Mitsune

                                      

Les fleurs de prunier,

on ne peut les distinguer,

car partout tombe

une neige dont les flocons

brouillent le ciel immense

 

Anonyme

Comparaison du Shintô avec les antiques traditions de l’occident reliées à la nature

Dans la mythologie Shintô, les kami Izanagi et Izanami sont identifiés comme de véritables divinités, similaires aux dieux de la Grèce antique ou de la Rome antique. Shina Tsu Hiko, par exemple, est le kami du vent et de l'air, né du souffle de la poitrine d'Izanagi. Shina Tsu Hiko créa à son tour la déesse Shina-to-Be pour balayer la brume qui recouvrait la Terre.

Dans la mythologie grecque, les nymphes sont des divinités mineures liées aux arbres. Le nom de dryades fut utilisé plus tard pour désigner les figures divines présidant au culte des arbres et de la forêt.
La signification de Kami se rapproche du mot latin numen, signifiant présence divine. Dans un sens concret, le dieu lui-même, c'est-à-dire l'un des dieux de la mythologie classique et per extension tout être divin: les numen d'Olympe. Le concept de numineux se rattache à une expérience ambivalente du sacré, à la fois fascinante et mystérieuse voire effrayante. Toutefois le mot kami s'éloigne du terme numen, car il ne comprend que l'aspect positif du sacré.
Carl Gustav Jung, dans le cadre de sa psychologie analytique, relie le numineux aux archétypes, en tant que symboles de l'inconscient collectif.

On trouve de nombreuses similitudes entre le shintoïsme et les traditions celtes et germano-nordiques anciennes.

La sacralité de la nature dans les croyances celtes

Comme chez d’autres peuples de l’antiquité, les Celtes et les Gaulois sacralisent des lieux naturels : bois, sources, rivières, lacs, grottes, montagnes… La mythologie celtique comprend un ensemble de divinités aquatiques, souterraines et solaires. Ces déités sont associées aux forces et aux cycles de la nature… Ils considéraient la plante ou l’arbre comme un être vivant doté d’un esprit et dont l’énergie pouvait guérir l’humain, le transformer. Arbres et plantes étaient source d’inspiration et messagers des dieux ou de la Déesse.

Paganisme matriarcal germain

Aux dieux ils leur consacrent les bois, les bocages et donnent le nom de Landvaettir — esprits de la terre — à cette réalité mystérieuse. Le nom Vanir pourrait être un dérivé du vieux norrois vinr qui signifie « ami », ce qui accentue le lien que ces divinités entretenaient avec les mortels. Comme pour les kami du Shintô, ils n’étaient pas des divinités que l’on craignait, mais plutôt à qui l’on pouvait se confier. Les Vanir seraient en fait des Elfes, « amis de la nature ». Les éléments à propos des Elfes dans la mythologie nordique proviennent de la poésie scaldique, de Edda poétique et des sagas légendaires.
On appelle Edda poétique (ce terme admet diverses étymologies, la plus probable renvoyant à l'idée de composer de la poésie) un recueil d'une trentaine de poèmes rédigés selon les règles contraignantes de la poétique scaldique (poésie scandinave).

Spiritualité contemporaine liée aux antiques cultes.

Spiritualité de la nature: Paganisme et néo-paganisme

Le néo-paganisme dont le terme apparut au 20e siècle est la résurgence d’anciens cultes païens. Il professe un retour à nos racines pour retrouver la part du divin qui est en nous et dans la nature, se tournant vers des croyances plus égalitaires, plus libres d’actions et de pensées qui respectent l’environnement.
La Wicca est un nouveau mouvement religieux lié au néo-paganisme d'inspiration anglo-saxonne. Très récente elle a également des racines dans les cultes pré-chrétiens des mystères. Les wiccans célèbrent le monde naturel à travers des rituels liés aux cycles des saisons et aux lunaisons. À travers la spiritualité ils cherchent à retrouver la communion avec la nature.

Nécessité aujourd’hui d’un retour à la nature

Au-delà de ces cultes ancestraux ou contemporains, une prise de conscience nouvelle et un sentiment de connexion commencent à se faire chemin dans un nombre de plus en plus grand d’humains, nous faisant espérer en une évolution de toute notre humanité, dans la mesure où il ne soit pas trop tard pour le faire.

En effet, un retour à la nature, en cette période de désastre environnemental causé par les humains et qui lui vaut le nom d’époque Anthropocène de la part des scientifiques, semble une chose tout à fait souhaitable. La nature est le lieu de Beauté qui a engendré la vie. Si l’on ne veut pas la considérer sacrée, qu’au moins on la respecte en tant que réalité précieuse et indispensable à notre survie.

Lorsque j’emploie le terme Esprit, je dois préciser qu’il s’agit du Spiritus du latin, du Prana des hindous qui signifient souffle vital ou bien de l’Awen. L’Awen est un mot gallois signifiant «inspiration», «souffle» mais aussi «inspiration poétique». C’est l’esprit flottant, l’intuition qui nous est donnée de la présence divine, lors de certaines manifestations artistiques, ou révélations scientifiques. C’est ce même ‘‘souffle’’, véhicule des vibrations primordiales qui parcourent et animent toute chose, que les astrophysiciens appellent énergie cosmique et qui nous maintient en vie et en connexion avec la nature et l’univers.

C'est également le Chi, le souffle originel taoïste (Le Chi s’accumule dans la région du nombril appelée l’océan du souffle). Pour la philosophie du Tao, le Chi est comme " un fluide qui circule librement entre toutes les choses et les êtres de l’univers, il est comme une force tranquille omniprésente, qui crée, qui conserve et qui fait évoluer. Il agit donc sur l’univers comme un liant, tout ce qui le compose est en permanence relié : minéraux, végétaux, corps, l’inerte, le mobile, le vivant ou non…"

C’est cet esprit-là qui m’interpelle et qui me fascine.

Le tanka s’insère particulièrement bien dans cet esprit d’autant plus que ce poème désigné « chanson brève » doit être exprimé à voix haute et devenir ainsi souffle modulé par l’agencement des mots. Pour en revenir à l'article du maître kajin Patrick Simon, le Kototama ("mot-âme" ou "esprit du mot") est une pratique du Son qui a été conservée au Japon depuis des millénaires, cet art de la pratique du Son sous-tendant les mythes du Shintô. Kototama, le chant des "mots-âmes", nous invite à l'écoute de l’Être par la résonance intérieure des sons originels. Dans la tradition japonaise, les kami inspirent l'esprit des hommes par des mots. En fait, les cinquante « sons » (syllabes) utilisés en japonais sont considérés comme étant chacun un kami ; le kotodama est le pouvoir spirituel des sons.

Les sons en résonance avec la vibration de l'univers envoient également des messages vibratoires aux cellules vivantes, créant ainsi un lien d'interconnexion et permettant de se syntoniser avec notre essence plus profonde. Il en est de même pour les mots car à travers ce qu’ils évoquent ils peuvent activer un transfert d’énergie et produire des changements dans nos réactions chimiques, nos signaux, nos vibrations et nos fréquences. Ils ont un pouvoir transformant, comme ont pu démontrer des recherches neuroscientifiques.
À travers le tanka, le poète peut exprimer sa relation intime avec la nature et, grâce à son ouverture à l’autre, devenir ‘‘l’inspiré qui inspire’’.

Réalisé par NadineLéon

 

Tous mes remerciements à la Revue du tanka francophone. Cette revue constitue une véritable minière d'or et j'invite ceux qui apprécient la beauté de ce poème à s'y abonner. 

 

Source des tanka : https://www.revue-tanka-francophone.com/kokinshu.html#SAISONS
Source des citations de l’expert :
https://www.revue-tanka-francophone.com/revue-tanka/extraits-revue-tanka-francophone.html
Pour s'abonner ou commander des ouvrages :
https://www.revue-tanka-francophone.com/revue-tanka/ventes.htmll  




Créer un site
Créer un site