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Emporté par le vent - Isa Lamant

Recueil de haïbuns et haïkus, de Isa Lamant (avec traduction en anglais de Kim Delauney) Publishroom Factory

Le haïbun est une forme littéraire japonaise qui associe prose et haïku, créant ainsi une narration poétique brève mais évocatrice.

Le mot japonais Karumi signifie littéralement « légèreté » ou « légèreté d’esprit », c’est un concept esthétique et poétique important dans la culture japonaise, notamment dans la pratique du haïku.

Karumi ne fuit pas la profondeur. C’est un léger pas de côté pour mieux voir l’essence et la fragilité d’un moment.

(note de l’auteure)

Immergé dans le temps universel des saisons, le souffle poétique de ces petits poèmes de trois lignes mêlés à la fluidité d’une prose, nous transportent dans une suite d’instants au parfum du quotidien.

 

pensées vagabondes –

une plume de moineau

bercée par le vent

Entre les deux expressions distinctes formant chaque haïku apparaît le silence, un silence intermédiaire qui devient espace. De là s’envole une nuée d’émotions pleine de douceur, de légèreté et d’émerveillement devant la simplicité des choses, empreinte parfois de nostalgie mais toujours baignée de sérénité.

souvenir d’enfance –

gommé par le temps

le marchand de couleur

vieux lavoir –
 

son clapotis chuchote

d’anciens secrets

Le tout est accompagné d’images où le vent joue et respire dans la transparence des voiles. Le choix des illustrations est particulièrement significatif. Situés à la frontière entre le dedans et le dehors, les rideaux – tels des sujets vivants – donnent l’impression d’un désir d’envol. Ils représentent une métaphore du "MA", le concept japonais de l'espace dynamique qui relie deux éléments et que l'on retrouve dans le non-dit du haïku, une pause au-delà des mots, ouverte au ressenti du lecteur.

vent de liberté –

quelques plants de colza

échappés du champs

Ce recueil est tissé de souvenirs et de rencontres, d'amitiés et d'affections. Tels de légers coups de pinceau effleurant à peine la toile, il traduit l'attention portée à l'autre dans sa différence ou la magie de l'enfance.

Elle ne marche pas, elle flâne.
Le chemin n’est plus un sentier mais une page qui semble être
coloriée juste pour elle.
Chaque fleur est une fée qui raconte une histoire
ou une danseuse qui se balance au vent léger.

Elle parle toute seule.
Elle dialogue avec la beauté.
Elle admire les pâquerettes en tutus
Le parfum des violettes lui rappelant sa grand-mère.
Pour elle une feuille tombée et craquelée est une fée centenaire.
...

flânerie d’enfant –

elle sème des mots

en cueillant des fleurs

En connexion avec la nature à travers tous les sens, l’extériorité et l’intériorité se fondent, comme pour un dialogue intime et vibrant de la vie avec elle-même.

J’ai quitté le sentier balisé pour m’enfoncer dans la forêt sans chemin.
« S’enforêster », voilà un bien joli mot.
Quitter les bruits du monde pour se laisser enlacer par les arbres
et herbes hautes,
les grandes fougères légèrement roussies.
Se laisser pénétrer par ses odeurs d’humus
qui nous ramènent au cri primordial.
Les racines, telles des veines, me rappellent que je marche sur le vivant
… bien plus ancien que moi
et mon cœur bas plus fort.
Je respire la force du pétrichor.
Le gros arbre
je l’enlace.
Mon corps contre l’écorce rugueuse.
Lui aussi a un cœur semble-t-il.
Quel apaisement.
Juste la force tranquille de la vie.

...

Forêt profonde –

sur ma peau s’attarde

l’odeur du chêne

 

Les textes et les images laissent une sensation d’impermanence où tout semble tendre vers un mouvement silencieux, invitant à se laisser aller au cours des événements tels qu’ils se présentent, à se laisser traverser par ce doux vent qui se faufile entre les mots.

Marée basse.

Les enfants ont déserté depuis longtemps, emportant avec leur rêves,
leurs seaux et leurs petites pelles colorées.

Ne restent que des fragments de coquillages,
des empreintes floues
et cette vaste étendue nue comme un cahier
dont on a gommé les pages.

(extrait)

...

marée basse –

plus aucun petit château

pour défier l’hiver

 

Recension de Nadine Léon 



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