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Haïku – l’archétype

L’archétype est une image primordiale intérieure qui représente un concept abstrait sans l’exprimer directement.

Les archétypes s’en vont former mythes et légendes et constituent la structure de la psyché collective de l’humanité, faisant partie d’un langage universel. Plus une image est simple et concrète, plus on a de la chance qu’elle ait des racines profondes dans notre subconscient et qu’elle appartienne à un archétype archaïque universel, c’est-à-dire commun à tous les peuples. Le haïku, de part sa forme et son essence, doit souvent la résonance qu’il provoque à la présence de un ou plusieurs archétypes.

Ex : LUNE

Symbole féminin dont les phases représentent les trois age de la femme ; son influence sur les eaux, la nature et les humains ; à la fois immuable et cyclique ; symbole de l’inconscient et de l’intuition.

la lune a grossi
le paysan se dépêche / de couper le foin

(Nadine Léon, Premier Prix du Concours Rivalité 2018)

Au tout début, les humains avaient peu de mots à disposition, ils étaient bien plus proches du silence primordial que nous. Leurs sens étaient bien plus en éveil, ils étaient plus instinctifs, intuitifs et créatifs. Leur approche du monde était du type magique plus que technique et scientifique. Les premières représentations du monde se sont faites à travers des graffitis. Les primitifs dessinaient des scène de leur quotidien à l’aide de figures simples. Plus tard ces figurations rudimentaires furent liées à des mots. Par la suite les mots eux-mêmes ont été traduits en caractères, en signes qui pouvaient former des expressions ou bien des lettres.

Chacun de nous détient plus ou moins enfouis dans la mémoire atavique tous les passages évolutifs de l’humain lesquels constituent l’inconscient collectif.

De nos jours le langage est devenu beaucoup plus complexe. La plupart du temps les lettres se sont détachées de l’image qu’elles configuraient, ne représentant plus que des sons, au maximum des syllabes. Les humains ont développé principalement l’hémisphère gauche du cerveau, celui de la logique, du calcul, de l’analyse, de la raison, celui relié au Yang, le principe masculin de l’action et de l’organisation, créant ainsi un profond déséquilibre psychique collectif. La plupart des humains se retrouvent avec un mental trop bavard qui rumine des pensées en continuation. Ils se mettent trop peu à l’écoute, accueillant trop rarement en eux le silence. De façon erronée, ils se sont construits un ego gigantesque qu’ils croient séparé de tout le reste. Nos ancêtres au contraire avaient la perception de faire partie d’un tout. L’hémisphère droit de leur cerveau, celui de l’intuition, de la créativité, de la réceptivité, était très opératif. C’est celui relié au Yin, principe féminin de la sensibilité, de l’empathie et de l’accueil. Le haïku nous demande de rester dans l’équilibre des deux. Il nous demande d’intercepter le monde non pas à travers le filtre du mental ( caractérisé par le raisonnement et la dispersion dans le temps) mais de rester ancré dans le présent, dans le ici et maintenant – souvent déterminés par le kigo – et de percevoir les choses dans le concret de notre sensorialité, sans intellectualisation. Un haïku ne devrait pas contenir de mots abstraits, qu’ils soient de sentiment, philosophie, religion ou autre, parce qu’il laisse le soin au lecteur de le faire si telle est sa prédisposition. Le haïku est par excellence une poésie du partage. Pour être complet il a besoin des deux parties car il implique autant l’auteur que le lecteur.

Le haïku est issu d’un vécu authentique et spontané, instantané, dirais-je, sans le recours du mental. Plus il sera sobre, plus il en résultera profond. Plus ses mots seront simples, plus il sera lié à quelque archétype. Plus il entrera en résonance avec notre inconscient collectif auquel nous sommes tous reliés, plus il en résultera universel.

Le haïku pourrait nous réapprendre à observer, à être plus réceptifs, à nous ré-syntoniser avec la nature et avec l’instant présent, à nous immerger de nouveau dans le silence primordial, celui qui était déjà là avant que toute forme de pensée n’effleure notre mental.

Nadine Léon, article publié dans l’anthologie HAIKU Vol.4 de Haiku University de Tokyo.

 
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